Si, si, je vous jure : c'est sur France 5, à 10h30, lundi 26 mai 2008 et on va bien parler des "aliments tabous". C'est drôle parce que quand la journaliste m'a appelé pour me parler de cette idée de thème, ça a tout de suite fait écho à des tas d'échanges que j'ai avec mes patients qui me parlent de ces aliments qui ne passent pas le seuil de leur appartement sous peine de lâchage absolu.
Et puis, bizarrement, quand j'ai commencé à en parler autour de moi, je me suis rendue compte que cette notion paraît évidente à tous ceux qui diabolisent certains aliments, mais qu'en revanche, ceux qui sont à l'aise avec leur alimentation ne voient pas du tout de quoi il s'agit. Alors pour ceux là et pour être sûrs qu'on parle tous de la même chose, voilà ma définition de la chose : un aliment tabou, c'est un aliment qui est investi d'une sorte de sur-puissance, en général maléfique, et devant lequel la personne succombe totalement après s'en être privé plus ou moins longtemps. Avec un peu de plaisir (parfois) et beaucoup de culpabilité (toujours). Et un certain nombre de stratégies plus ou moins pertinentes du style : "je mange tout, tout de suite, comme ça je n'en rachèterai plus jamais et je n'en mangerai donc plus jamais" jusqu'à la prochaine fois... ou encore, "je fais en sorte de ne jamais croiser cet aliment que par ailleurs j'adore" tout en cherchant en permanence à transgresser l'interdit.
On diabolise en général un aliment gras et sucré (ou gras et salé). Le must, c'est le chocolat, le fromage, le saucisson, les gâteaux secs, les barres chocolatées, la pâte à tartiner, l'association pain/beurre. C'est vrai que c'est rare de voir quelqu'un dire "retire moi tout de suite cette assiette de haricots verts parce que sinon, je vais la terminer et ça va être terrible...".
On le diabolise souvent parce qu'on lui a prêté des intentions maléfiques ("ça fait grossir", "c'est pas bon pour la santé", "c'est hyper gras", "c'est hyper riche", "c'est pas indispensable", "c'est interdit") en oubliant totalement que ce n'est finalement qu'un agrégat de protéines, de lipides et de glucides. Certains ont même des priorités : "le chocolat, c'est moins mauvais que le Nutella" ou "le chocolat noir, c'est mieux que le chocolat au lait". Ah bon ? mieux, dans quel sens ? Parce que s'il s'agit des calories, tous ces aliments là jouent dans la même cour. S'il s'agit du plaisir, pas forcément : on peut avoir des préférences (le lait plutôt que le noir ou la pâte plutôt que le carré). Et s'il s'agit de saveurs, là, c'est vraiment différent : le chocolat noir, qui est plus gras et plus intense en goût que le chocolat au lait, va plus vite satisfaire nos petites papilles gustatives et vous pourrez donc atteindre un haut seuil de satisfaction gustative avec moins de produit. Mais de là à manger ce qu'on aime moins pour être sûr de n'en manger pas trop... c'est une drôle de stratégie, bien dangereuse...
Allez, je ne veux pas tout dévoiler du plateau de "On n'est pas que des parents"... je reviendrai ici après la diffusion pour expliquer quelles sont les stratégies qu'on peut tenter de mettre en place pour éviter de se retrouver pris en tenailles entre son plaisir et sa raison !...